DECLARATION DE
L'UNION EUROPEENNE A L'OCCASION DU 50eme ANNIVERSAIRE DE LA DECLARATION
UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME,
VIENNE, LE 10
DECEMBRE 1998
A.
A l'occasion du
cinquantième anniversaire de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de
l'homme, l'Union rappelle l'importance primordiale qu'elle attache à cette déclaration,
car elle est le fondement sur lequel les politiques nationales, régionales et mondiales
s'appuient pour promouvoir et assurer le respect de la dignité humaine dans le monde
entier.
L'universalité et
l'indivisibilité des droits de l'homme et la responsabilité de les défendre et de les
promouvoir, ainsi que la promotion de la démocratie pluraliste et de garanties réelles
pour l'Etat de droit, sont pour l'Union européenne, unie par une communauté de valeurs,
des principes essentiels qui fondent toute son action.
L'être humain est au
centre des politiques que nous menons. Sauvegarder la dignité humaine de chacun reste
notre but commun. Il convient en particulier de faire en sorte que les femmes et les
enfants puissent jouir pleinement de leurs droits, car, dans ce domaine, les carences
demeurent très répandues.
La défense et la promotion
des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui incombent aux gouvernements,
contribuent à la prospérité, à la justice et à la paix dans le monde. Toutefois, ces
objectifs ne sauraient être atteints sans l'action des organisations internationales et
sans l'aide de la société civile et de chaque individu.
L'Union s'engage à
continuer de soutenir sans relâche la promotion et la défense des droits de l'homme,
conformément au traité sur l'Union européenne, à la Convention européenne de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux déclarations des
Conseils européens de Luxembourg de 1991 et 1997 et adopte la déclaration
suivante :
B.
I. L'Union mesure les
progrès accomplis dans le domaine des droits de l'homme et les avancées de la
démocratie partout dans le monde depuis l'adoption, il y a cinquante ans, de la
Déclaration universelle des droits de l'homme. Pourtant, l'Union ne tient pas ces
progrès pour acquis ; elle reste consciente qu'elle doit redoubler de détermination et
d'efforts pour que la jouissance des droits de l'homme dans leur intégralité devienne
une réalité pour tous, dans le monde entier.
II. L'adoption de la
Déclaration universelle a déclenché un processus irréversible de sensibilisation de la
société civile aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales à travers le monde.
La Déclaration est, en particulier, le fondement qui a permis l'élaboration d'un
ensemble remarquable d'instruments juridiques internationaux importants, dont le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif
aux droits économiques, sociaux et culturels. La Conférence mondiale sur les droits de
l'homme qui s'est tenue à Vienne en 1993 a confirmé l'universalité et l'indivisibilité
de l'ensemble des droits de l'homme. L'Union engage tous les pays qui ne l'ont pas encore
fait, à adhérer aux principaux traités en matière de droits de l'homme.
L'application de la
Déclaration universelle et des autres instruments internationaux en matière de droits de
l'homme est d'une importance primordiale si l'on veut que les droits qu'ils énoncent
deviennent véritablement universels. Nulle disposition particulière motivée par des
considérations nationales, culturelles ou religieuses ne saurait valablement déroger aux
principes consacrés par ces instruments. Le cinquantième anniversaire de la
Déclaration universelle nous offre l'occasion de faire le point et de redoubler d'efforts
pour promouvoir le respect des droits de l'homme dans tous les pays du monde. L'Union
saisit cette occasion pour réaffirmer sa détermination de faire de la jouissance des
droits de l'homme dans leur intégralité une réalité pour tous.
Dans l'esprit de la
Déclaration du Conseil européen de Luxembourg des 28 et 29 juin 1991, l'Union
reconnaît et salue les progrès accomplis depuis l'adoption de la Déclaration
universelle. Elle se doit toutefois de déplorer la persistance de violations flagrantes
des droits de l'homme dans le monde entier. Elle réaffirme qu'il est de la
responsabilité légitime et permanente de la communauté internationale et de tous les
Etats, agissant individuellement ou collectivement, de promouvoir et de sauvegarder les
droits de l'homme partout dans le monde. Pour sa part, l'Union continuera de dénoncer les
violations où qu'elles aient lieu. En même temps, elle se félicite qu'un nombre
croissant d'Etats coopèrent avec l'UE sur la base d'un partenariat pour promouvoir les
droits de l'homme et faire en sorte qu'ils soient universels.
Au cours des cinquante
dernières années, partout dans le monde, des milliers de femmes et d'hommes ont combattu
pour la défense de ces valeurs, souvent au prix d'un lourd tribut. Les pays de l'Union
rendent hommage à leur courage qui inspire l'UE dans sa détermination de promouvoir les
droits consacrés par la Déclaration.
A cet égard, l'Union se
félicite de l'adoption d'une déclaration sur les défenseurs des droits de l'homme par
l'Assemblée générale des Nations Unies. Dans le monde entier, des individus et des
organisations non gouvernementales apportent avec courage une contribution indispensable
à la sauvegarde et à la promotion des droits de l'homme. Ils ont en permanence besoin
d'un soutien sans faille.
III. L'Union européenne,
qui est fondée sur les principes de liberté, de démocratie, de respect des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'Etat de droit, partage les valeurs
qui sont à l'origine de cette Déclaration. Elle est consciente de la nécessité de
promouvoir les droits de l'homme aussi dans les pays qui la composent. Tant au niveau
interne qu'externe, le respect des droits de l'homme proclamés dans la Déclaration
universelle est l'une des préoccupations essentielles de l'Union dans les activités
qu'elle mène. Ainsi, les institutions de l'Union respectent les droits de l'homme tels
qu'ils sont garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales et tels qu'ils résultent des traditions constitutionnelles
communes aux Etats membres, sous le contrôle de la Cour de justice des Communautés
européennes. De même, les Etats membres sont liés par la Convention européenne et
leurs actions sont soumises à la supervision de la Cour européenne des droits de
l'homme. Lorsque le traité d'Amsterdam entrera en vigueur, le respect des droits de
l'homme et des libertés fondamentales constituera une des conditions de l'adhésion à
l'Union européenne, et une violation grave et persistante de ces droits pourra entraîner
la suspension des droits d'un Etat membre.
En outre, le traité
d'Amsterdam renforcera encore l'engagement de l'Union européenne en faveur de la
sauvegarde et de la promotion des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
surtout grâce à des mesures de lutte contre la discrimination dans des domaines très
divers, notamment en développant les moyens d'assurer l'égalité des chances entre
hommes et femmes. De plus, dans l'esprit de la Charte sociale européenne et de la Charte
communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, le traité définit des
objectifs dans le domaine des droits sociaux fondamentaux. Dans le cadre de sa
coopération dans le domaine de la justice et de la sécurité, l'Union européenne aura
aussi pour guide le respect des droits de l'homme.
Le respect des droits de
l'homme et des libertés fondamentales constitue également un des objectifs de la
politique étrangère et de sécurité commune de l'Union, ainsi que de la coopération au
développement. L'Union poursuit ce but tant dans ses relations bilatérales avec les pays
tiers que dans le cadre des Nations Unies et d'autres enceintes multilatérales, notamment
l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et le Conseil de l'Europe.
Dans le cadre de sa
politique consistant à promouvoir les droits de l'homme dans toutes les régions du
monde, l'Union aborde régulièrement la question des droits de l'homme dans le cadre de
son dialogue avec les pays tiers, dont c'est un volet important et légitime, de même
qu'elle le fait dans ses démarches et ses déclarations.
La Communauté européenne
insère dans les accords qu'elle conclut, une clause selon laquelle le respect des droits
de l'homme, tels qu'ils sont définis en particulier dans la Déclaration des droits de
l'homme, est une condition essentielle pour qu'elle consente à se lier. L'Union assume
ainsi sa responsabilité dans la promotion et la défense des droits de l'homme,
préoccupations légitimes de la communauté internationale, tout en réaffirmant qu'elles
relèvent en premier lieu de la responsabilité de chaque gouvernement sans exception.
L'Union se déclare
préoccupée par les incidents racistes et xénophobes qui ont eu lieu récemment tant au
sein de l'Union qu'ailleurs dans le monde, et elle s'emploiera activement à obtenir des
résultats significatifs lors de la conférence mondiale sur le racisme. Une série de
mesures pratiques complètent les efforts de l'Union dans ces domaines ; à cet
égard, l'Union tient à mentionner tout spécialement les activités de l'Observatoire
européen des phénomènes racistes et xénophobes situé à Vienne.
L'Union a décidé cette
année de redoubler d'efforts en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort,
principe auquel l'UE est fermement attachée. Là où la peine de mort existe encore,
l'Union lance un appel pour que son application soit limitée et pour que, lorsque la
sentence est exécutée, elle le soit dans le strict respect des garanties
internationales. L'Union insiste aussi pour que des moratoires soient instaurés quand il
y a lieu.
L'Union attache une grande
importance au soutien des efforts déployés pour promouvoir la démocratie, le respect
des droits de l'homme, l'Etat de droit et la bonne gestion des affaires publiques. C'est
pourquoi elle accorde son soutien à de nombreux projets et programmes en la matière dans
le monde entier.
L'Union et ses Etats
membres coopèrent résolument avec les mécanismes internationaux dans le domaine des
droits de l'homme aux niveaux mondial et régional. L'Union appuie activement l'action
menée par le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et ses
activités, particulièrement sur le terrain. Elle encourage les efforts déployés par le
Secrétaire général des Nations Unies pour mieux intégrer les droits de l'homme
dans les diverses activités de l'ONU.
L'Union se félicite
spécialement de l'adoption des statuts d'une Cour pénale internationale permanente
appelée à juger les crimes les plus graves et les violations du droit humanitaire qui
intéressent toute la communauté internationale, et lance un appel en faveur de la
ratification rapide de ces statuts.
IV. Il convient de
poursuivre dans cette voie et, le cas échéant, de renforcer et d'améliorer ces lignes
d'action. Il est important, à cet égard, que l'Union développe sa capacité d'atteindre
ses objectifs en ce qui concerne la défense et la promotion des droits de l'homme et des
libertés fondamentales. A cet égard, l'Union est déterminée à veiller au respect des
droits de l'homme dans toutes ses actions. En particulier, elle envisagera des mesures
concrètes, à savoir :
1) renforcer la capacité
d'évaluer conjointement la situation des droits de l'homme dans le monde par une
coordination plus étroite et en faisant en sorte que tous les moyens d'action pertinents
soient disponibles dans le cadre de l'Union, entre autres par la publication éventuelle
d'un rapport annuel de l'UE sur les droits de l'homme ;
2) continuer à développer
la coopération dans le domaine des droits de l'homme, par exemple grâce à des
activités d'éducation et de formation menées en coordination avec d'autres
organisations concernées et veiller à la poursuite des programmes universitaires sur les
droits de l'homme, qui sont dispensés par quinze universités européennes ;
3) réfléchir à
l'opportunité d'organiser périodiquement un forum sur les droits de l'homme avec la
participation d'institutions de l'UE ainsi que de représentants d'établissements
universitaires et d'ONG ;
4) accroître les moyens
permettant de répondre aux exigences opérationnelles internationales dans le domaine des
droits de l'homme et de la démocratisation, par exemple en créant éventuellement un
fichier commun d'experts européens en la matière, dans la perspective d'opérations de
défense des droits de l'homme sur le terrain ainsi que de missions d'assistance et
d'observation lors d'élections ;
5) encourager le
développement et la consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit, ainsi que le
respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans les pays tiers,
notamment en oeuvrant en faveur de l'adoption aussi rapide que possible des projets de
règlement concernant la mise en oeuvre d'opérations de coopération, qui sont
actuellement à l'examen dans le cadre de l'UE ;
6) veiller à ce que tout
soit mis en oeuvre pour parvenir à réaliser ces objectifs de manière cohérente,
notamment en examinant s'il y a lieu de renforcer les structures compétentes de l'UE.
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